De l’antiquité à la fin du XXème siècle

lundi 28 août 2006
par  Consul Honoraire du Népal en France
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1/ PRÉHISTOIRE - XVII° Siècle

1.1/ LA LÉGENDE

Dans les temps immémoriaux, un immense lac recouvrait le Népal, l’actuelle vallée de Kathmandu. Le premier des sept Buddha du passé, Vipashyin "celui qui a une vision suprême de toute chose", s’était rendu au bord de ce lac et y avait jeté une graine de lotus. Celle-ci germa lentement, pour faire naître au milieu des eaux, un merveilleux lotus grand comme une roue de char. Dix mille pétales d’or, ornées de diamants et de perles, composaient la divine fleur ; Les étamines n’étaient que d’or, le pollen de pierres précieuses et le Lapis-Lazuli s’agençait en riches pistils, de sa corolle jaillissait une flamme lumineuse, plus pure que le soleil. C’était Adi-Buddha, le Buddha primordial, non créé, qui se manifestait en ce lotus épanoui au centre du lac. Lorsqu’il apprit qu’un Swayambhu ("né de lui-même"), était apparu au Népal, Manjushri résidait en grande Chine, sur la montagne aux cinq sommets, ourlés de diamants, de saphirs, d’émeraudes, de rubis et de Lapis-Lazuli. Accompagné de ses deux épouses et de dévots, le Bodhisattva sortit de son repère sacré, se rendit au Népal et fit le tour du lac en présentant son flanc droit à Swayambhu. Il lui fut alors révélé qu’il devait de son glaive, trancher la montagne qui retenait le lac, pour qu’à la place des eaux ainsi écoulées dans la Bagmati, apparaisse un chemin menant à Swayambhu. La tâche accomplie, Manjushri s’établit à côté de Swayambhu et construisit une ville entre la Bagmati et la Vishnu Mati, Manjupattana, à l’emplacement qu’occupe maintenant Kathmandu. Cette légende qui raconte la création du Népal, chaque habitant de la vallée peut vous la raconter ; et s’il vous voit quelque peu circonspect, il vous emmènera voir la brèche dans la montagne, que fit Manjushri avec son glaive de sagesse. Pour cela, il faut prendre la petite route qui, du sud de Kathmandu, grimpe sur le flanc de la colline de Chobar, en direction de Daksinkali. En contre bas, la Bagmati serpente au milieu des rizières parsemées de bosquets, prenant au petit matin les aspects d’un fil d’argent. Et bientôt la rivière franchit une gorge abrupte, un véritable coup de sabre dans la montagne, porté par une main divine, par Manjushri.

1.2/ LA PRÉHISTOIRE

La connaissance de la période préhistorique du Népal n’en est aujourd’hui qu’à ses débuts. Toutefois, la découverte d’outils nombreux et d’anciens sites d’habitation prouve que l’occupation humaine du Népal est ancienne tant dans les grandes vallées que dans la montagne.

1.3/ LES DÉBUTS DE L’HISTOIRE DU NÉPAL

Une ville du Teraï apparaît pour la première fois, à une époque où la légende se mêle encore un peu à l’histoire. Il s’agit de Janakpur, capitale du petit royaume de Videha, mais surtout ville natale de la vénérée Sîtâ, épouse de Rama, lui-même septième avatar de Vishnu autant que héros du Ramayana, la célèbre épopée hindoue. Mais dans la pure réalité le Teraï, versant népalais de la plaine du Gange, naît à l’histoire en même temps que le bouddhisme. Au milieu du VI° siècle avant notre ère, alors que le nord de l’Inde est divisée en seize royaumes, dans une principauté autonome gouvernée par le clan des Sakya, ayant pour capitale Kapilavastu, naît le prince Gautama dans la petite ville de Lumbini, aujourd’hui située au Népal.

Au début du IV° siècle d’avant notre ère, l’Inde est unifiée par la dynastie Maurya dont l’un des empereurs, Ashoka, joua un rôle considérable dans la diffusion du bouddhisme. En effet celui-ci se convertit à cette religion et l’imposa à son empire. Il fit même un pèlerinage à Lumbini, lieu de naissance du Buddha et à Kapilavastu, capitale du petit royaume des Sakya et fit élever dans ces deux villes un pilier gravé, en l’honneur de Gautama Sakyamuni. Avec la domination des dynasties musulmanes ces lieux sombrèrent dans l’oubli pour n’être redécouverts que récemment ainsi que les fameux piliers de l’Empereur Ashoka.

Le Bouddhisme survécut à l’effondrement de la dynastie Maurya et après la doctrine du « Petit Véhicule » s’enrichit d’une nouvelle spéculation plus audacieuse, le « Grand Véhicule ». Au début du IV° siècle de l’ère chrétienne, une nouvelle dynastie, celle des empereurs Gupta unifia de nouveau le nord de l’Inde. A la fin du IV° siècle, dans une inscription gravée sur un pilier de Allahabad, l’empereur Samundra Gupta cite trois royaumes himalayens parmi ses feudataires : Kartripur au Kumaon, Kamrup en Assam et Népal : c’est la première notion authentifiée d’une influence indienne.

1.4/ LA DYNASTIE LICCHAVI : 250 - 750 après JC.

C’est la première dynastie népalaise attestée, dont l’origine reste toutefois très incertaine. Ses rois affirmaient qu’ils descendaient de Dasharatha, le père de Rama, de la dynastie solaire d’Ayodhya. Mais peut-être était-elle la descendante d’une petite dynastie Licchavi établie dès le VI° siècle avant J.C, au nord du Bihâr sur la rive Est de la rivière Gandhaki et dont la capitale était Vaishâlî. Quoi qu’il en soit, cette dynastie népalaise aurait compté 33 souverains et la culture indienne de celle-ci était manifeste.

Le fondateur du Royaume du Népal serait Jayadeva 1er qui aurait régné au 1er siècle de notre ère. Mais Manadeva fut le véritable constructeur de la splendeur Licchavi. Dix autres souverains lui succéderont qui seront de modeste envergure comparés à ce fondateur.

Le pouvoir réel était exercé par les « maires du palais » qui se recrutaient au sein de deux grandes familles :

La famille des Gupta qui constitua une véritable dynastie, notamment en exerçant le pouvoir sans discontinuer ou presque durant le VI° siècle, avec les « Généralissimes » et les « Grands Huissiers » que furent Ravi Gupta et Bhaum Gupta, puis avec Jishnu Gupta et Vishnu Gupta.

L’interrègne de la famille Gupta (590-624) est marqué par la lutte entre le Roi Shiva Deva 1er (590-605) et Amshuvarman, surnommé le « Grand Marquis », représentant la deuxième famille des maires du palais. A la mort de Shiva Deva 1er, Amshuvarman construit un nouveau palais et gouverne seul, sans oser prendre le titre de monarque. Il cultive sa renommée d’administrateur sage et généreux du royaume et voit ainsi son aura dépasser les frontières du Népal.

Après s’être débarrassé des Gupta, le Roi Narendra Deva (641-680), acquit lui aussi une certaine renommée et restaura pour un temps la splendeur de la dynastie Licchavi. Cette splendeur se pérennisa durant le règne de son successeur, Shiva Deva II (685-701), avant que la décadence n’aboutisse à l’effondrement de la dynastie.

Dès l’époque Licchavi, le Népal fut profondément imprégné de culture indienne, adoptant notamment son organisation sociale. La société était divisée en quatre classes hiérarchisées (les Varna). Tout en haut les Brahmanes ont le monopole du rituel et du savoir. Le deuxième varna, les Kshatriya, est représenté par les détenteurs du pouvoir temporel, auquel appartient la famille royale. Les commerçants et les paysans constituent le troisième varna, les Vaishya. Enfin le quatrième varna, les Shudra, est constitué par les artisans qui sont au service des autres. Certains de cette dernière classe sont entachés d’impureté, les Chandala, et doivent de ce fait éviter tout contact avec les autres ; Ce sont les ancêtres des intouchables actuels. Les grandes classes sociales (varna) sont elles-mêmes divisées en castes, mais l’absence de trace historique ne permet pas de les reconstituer.

A cette époque, l’hindouisme est la religion largement dominante et les Licchavi ont aussi construit de nombreux temples en l’honneur de ses divinités. La grande trinité du panthéon hindou, Brahmâ, Shiva, Vishnu, existe déjà, tout comme les courants religieux vishnuïtes et shivaïtes qui se mêlent volontiers. Une très ancienne inscription relate d’ailleurs la reconstruction d’un temple en l’honneur de Vishnu à Changu Narayan par Manadeva 1er. Le temple de Pashupatinath, en l’honneur de Pashupati (« le gardien du troupeau »), aspect de Shiva, est déjà très fréquenté et richement doté. Des sectes d’ermites existent à cette époque, l’une d’entre-elles est connue par son nom : la secte de Pashupata qui réunit des dévots de Shiva, qui a donné son nom au temple de Pashupatinath. La statue de son fondateur, Lakulisa, a d’ailleurs été retrouvée dans l’enceinte de ce temple.

A cette époque, le bouddhisme reste minoritaire mais s’implante durablement et sa doctrine est transmise par la communauté des moines. Les deux véhicules, le Hinayana et le Mahayana, sont représentés. Le stupa de Swayambhunath existe déjà, certes non pas dans la forme actuelle. De même, les cinq stupas qui encadrent la ville de Patan, la capitale des Licchavi, sont également existant, témoins de l’influence bouddhiste de cette ville comme elle l’est toujours aujourd’hui.

2/ LE HAUT MOYEN AGE : 1000 - 1350 après JC

L’histoire de cette époque est très mal connue. Toutefois, après la chute des Licchavi, les dynasties se sont succédées et la vallée est restée un petit royaume dont Patan était la capitale.

Deux séries de dynasties se sont succédées sur la vallée de Kathmandu. La première série occupa le trône jusqu’en 1200 et compte trois dynasties qui portent toutes le nom de Thakurî. La première dynastie, dont les Rois affirmaient qu’ils descendaient d’Amshuvarman régna jusqu’en 1050. La seconde, les Thakurî de Nuwakot, régna jusqu’en 1082. A partir de cette date les Thakurî de Nuwakot durent épisodiquement partager le pouvoir avec les Thakurî de Patan. Les deux premières dynasties pratiquaient le système du « Dvairâjya » ou « double royaume ». Le royaume bien que restant une unique entité, était divisée deux parties gouvernées par deux Rois issus d’une même famille, l’aîné gardant la préséance sur le cadet.

A partir de 1200 apparaissait une nouvelle série de dynasties, les dynasties Malla. Les deux premières alternèrent sur le trône jusqu’en 1382. Hormis les quelques conflits de pouvoir que manifestèrent ces deux familles, la paix sera la règle jusqu’à la fin du XIIIème siècle, date où commence « la grande tourmente ».

3 HISTOIRE CONTEMPORAINE DU NEPAL MILIEU du XVIII siècle° - XX° siècle

3.1 LES GURKHAS

Les Gurkhas étaient initialement une tribu belliqueuse de Kshatriya Rajput, de culture hindoue, qui avait été expatriée d’Inde par le Sultan Ala-ud-din. Ils migrèrent à travers les collines du Népal Central et progressivement envahirent la région de Gorakhnath où ils s’installèrent aux environs de 1559.

Prithivi Narayan Shah, naît en 1723 et va régner de 1742 à 1775, date de sa mort, d’abord sur le petit royaume de Gorkha, privé de terres, avant d’unifier le Népal moderne. Ce projet, c’est vers 1737 qu’il l’élabore, avec l’assentiment des religieux Brahmanes qui l’entourent. Il va alors user de la diplomatie, du renseignement et de la guerre, faisant d’ailleurs appel à des musulmans pour organiser son armée et lui apporter des armes à feu. Nuwakot, place dépendant de Kathmandu, est prise en 1744 et sa chute ouvre la voie de la Vallée. Il s’étend de façon progressive vers l’ouest, le nord et l’est pour encercler la vallée, puis conquiert le petit royaume de Makwantpur au sud de Kathmandu, non loin de la plaine du Téraï. Cette approche du nord de l’Inde suscite une réaction du Nawab du Bengale qui organise une expédition armée. Mais Prithivi Narayan en sortira vainqueur. Kirtipur tombera en 1766, cette chute complétant le blocus de Kathmandu. Les Rois Malla Newars de la vallée feront appel au anglais qui seront également vaincus en 1767. En 1768, le jour d’Indra Jatra Kathmandu est vaincu et Prithivi Narayan monte sur le trône. Patan qui jouxte Kathmandu est vaincu peu de temps après ; toutefois il faudra attendre un an pour que Badgaon soit aux mains du nouveau conquérant (septembre 1769). Prithivi Narayan va étendre ses conquêtes vers l’Est, plaine et montagne, mais va stagner vers l’ouest, au delà de Gorkha et de la confédération des Vingt quatre. En 1775 le conquérant meurt à Devighat et laisse de sages conseils à son fils et successeur, Pratapa Singh. La contribution de Prithivi Narayan Shah à l’histoire du Népal ne fut pas seulement d’en faire une entité, mais de le protéger des intrusions étrangères dans le futur. Il était expressément opposé aux étrangers ; il encouragea les initiatives de toutes les castes et de toutes les sectes et conseilla ses compatriotes pour apporter leur soutien à l’industrie naissante. S’opposant aux efforts anglais d’ouverture du commerce vers le Tibet et la Chine, il conseilla les autorités de Lhassa de ne pas être tentées par l’offre britannique d’établir de nouvelles relations entre le Bengale et le Tibet. Bref, si le Roi Gurkha avait été un homme moins déterminé, Le Népal serait uniquement devenu une autre principauté de l’Inde anglaise. La dynastie Shah qu’il fonda est restée telle jusqu’à maintenant.

Le fils de Prithivi Narayan, Pratapa Singh Ce dernier ne régnera que deux courtes années, puisqu’il meurt en 1777 et sera remplacé par le petit fils de Prithivi Narayan, Rana Bahadur Shah, alors enfant. La régence est alors assurée par sa mère Rajendra Lakshmi jusqu’en 1785, puis par son oncle. Tous deux, fins stratèges, vont compléter l’unification du Népal. De 1782 à 1790, L’ouest du Népal actuel est conquis avec soumission des deux confédérations, dites des Vingt deux et des Vingt quatre. Rana Bahadur Shah portera outrage au sentiment général en se mariant d’une femme Brahman. Quand Il exercera le pouvoir il ne tardera pas à sombrer dans la folie après le décès de son épouse brahmane. Une révolte d’une partie des Brahmanes et des courtisans hostiles obligera Rana Bahadur à abdiquer. Quand il récupéra le trône en 1804, il congédiera son Premier Ministre Damodar Pande qui avait signé un traité avec l’East India Company l’autorisant à désigner un résident britannique au Népal. Ses successeurs n’exerceront jamais véritablement le pouvoir. Des luttes intenses pour la régence se perpétueront jusqu’à ce que Rana Bahadur Shah, régent de son propre fils, soit assassiné. A partir de 1800, un poste de premier ministre sera créé pour éviter les carences du pouvoir royal. Alors le Népal assistera à une compétition entre les familles Pande et Thapa pour occuper ce poste de premier ministre qui détient la réalité du pouvoir central.. Le Népal aura une période de stabilité, entre 1806 et 1837, lorsque la régente Tripura Sundari et la premier ministre Bhimsen Thapa feront alliance. Ce premier ministre finira l’œuvre d’unification entreprise par Prithivi Narayan Shah. En 1790, les Gurkhas franchissent la Mahakali qui constitue encore aujourd’hui la frontière occidentale naturelle du Népal et s’emparent de petits royaumes (Kumaon, Garhwal, Sirmur entre autres) pour atteindre la frontière du Pendjab. Cette avancée occidentale sera stoppée en 1809 par une armée composée de Sikhs (qui gouvernent le Pendjab) et de soldats anglais. Les Gurkhas auront aussi des vélleïtés vers l’Est et annexeront le Sikkim en 1793.

Au nord, un premier conflit naît en 1788 avec les Tibétains et les Chinois, car le commerce trans-himalayen se trouvait gravement pénalisé par toutes ces guerres de conquête et d’unification. De plus ce conflit est alimenté par un ancien ressentiment des tibétains d’avoir été abusés par les derniers Rois Malla de la vallée de Kathmandu. En effet ceux-ci avait le monopole de l’émission de monnaie pour les tibétains, leur prenant du métal argent, frappant monnaie et leur rendant les pièces, après en avoir prélevé une bonne quantité de métal précieux. Au cours de cette guerre les Népalais s’avancent fortement au Tibet, à mi-chemin de Lhassa. Bien que l’empereur chinois aient été reconnu suzerain, il envoie une armée pour contrer l’avancée des Gurkhas. L’armée chinoise chassera l’envahisseur et pénètrera même au Népal. Le Népal devra rendre les territoires conquis, payer un tribut à l’empereur de Chine et perdra le droit de frapper monnaie pour le Tibet.

Au sud, les anglais et la compagnies des Indes Orientales s’inquiètent de la progression des Gurkhas vers l’ouest et veulent surtout asseoir leur pouvoir sur la plaine du Téraï, alors que le Népal le leur dispute sur cette riche région. Jusqu’en 1814, les Gurkhas adopteront une politique de prudence, mais Bimsen Thapa, alors premier ministre, adoptera une politique plus affirmée. En 1814, les Anglais déclencheront les hostilités et atteindront presque la vallée de Kathmandu en 1816. Cette guerre se conclura par le traité de Seghauli signé le 04 mars 1816. Les Gurkhas seront contraints de rendre les territoires de l’Ouest (au delà de la Mahakali), le Sikkim et une grande partie du Téraï (qui leur seront rendus en 1858). Ils devront aussi accepter la présence d’un résident anglais à Kathmandu. Le Népal possède alors à peu près la configuration d’aujourd’hui.

Bhimsen Thapa n’acceptera pas cette défaîte et pensera à la revanche. Pour cela il complotera avec les Chinois, les Sikhs pour tenter une alliance anti-anglaise. Il musellera le résident anglais qui ne pourra jouir d’aucune liberté. L’autorité de Bhim Sen Thapa resta virtuellement incontestée jusqu’à ce que le jeune Roi Rajendra Vikram Shah atteigne sa majorité et décida de prendre lui-même le contrôle du pays. Le Premier Ministre fut congédié et emprisonné en 1837. Il se suicidera en prison deux années plus tard.

3.2 LE SYSTEME RANA

De nouveau le Népal va sombrer dans une période troublée par les luttes de pouvoir des prétendants au poste de premier ministre et par les intrigues du Roi et de la Reine. En 1846, celle-ci complote avec Jung Bahadur Rana qui convoque la grande aristocratie au motif d’une grande assemblée royale et fait assassiner tous ceux qui ne rejoignent pas son camp. Alors Jung Bahadur Rana s’autoproclame Premier Ministre à vie et commandant en chef des armées, décrétant cette charge héréditaire. Membre d’une banale caste de Chetri, Jung Bahadur Rana se construira une origine prestigieuse et fera signer au Roi des lettres qui lui reconnaîtront le titre de Roi de Kaski (l’un des minuscules royaumes de la confédération des vingt quatre, le mettant ainsi au niveau des castes royales. Ceci autorisera les mariages avec les membres de la famille de la dynastie Shah. Officiellement les Rois du Népal resteront sur le trône mais ne pourront exercer aucun pouvoir. En effet, indépendamment de la Monarchie régnante, il distribue les pouvoirs parmi ses propres relations familiales. Ainsi la famille Rana s’attache le monopole complet du pouvoir dans tous les secteurs de la vie népalaise. Le système dynastique avait ceci de particulier que la charge de Premier Ministre et Commandant en chef se transmettait aux frères cadets par ordre chronologique, puis à la génération suivant lorsque la première n’avait plus de représentants mâles.

Jusqu’en 1951 il y eut ainsi 8 premiers ministres Rana, ne représentant que 3 générations :

Jung Bahadur 1846 – 1877

Ran Udip Singh 1877 – 1885

Bir Shamsher 1885 – 1901

Chandra Shamsher 1901 - 1929

Bhim Shamsher 1929 - 1932

Juddha Shamsher 1932 - 1945

Padma Shamsher 1945 - 1948

Mohan Shamsher 1948 - 1951

Jung Bahadur Rana renversa la politique de ses prédécesseurs en s’alliant avec les Anglais et leur offrant son aide dans la guerre contre les Sikhs. Les Anglais encouragèrent les Rana à poursuivre une politique isolationniste. Le Népal devint une terre de recrutement pour l’armée britannique dans laquelle les régiments Gurkhas acquirent une réputation d’acharnement et de loyauté. D’ailleurs, à la déclaration de la première guerre mondiale, le gouvernement britannique reçut l’autorisation de recruter librement des soldats Gurkhas. Rana Chandra Shamsher (qui régna de 1901 à 1929) fut récompensé en 1923 lorsque le traité de Seghauli fut révisé. Les Népalais cherchèrent à obtenir une déclaration sans équivoque de leur indépendance, mais le Gouvernement anglais insista pour retenir des clauses qui limitaient le champs des relations extérieures népalaises au Royaume Uni. Il fut décidé qu’une contribution annuelle de 1 million de roupies serait remise par le ministère indien des finances au dirigeant népalais.

Un traité de 1792 avait placé le Népal dans une position mal définie de vassalité envers la Chine et jusqu’en 1900 les Népalais avaient envoyé tous 12 ans une mission de bienveillance à Beijing. En 1911, quand la révolution chinoise créa une confusion dans le domaine des relations, le moment était venu d’une nouvelle mission. Toutefois, sur les conseils des autorités de Delhi, Chandra Shamsher refusa d’envoyer une mission. En conséquence, par cet acte, le Népal dénonçait unilatéralement le traité de 1792.

Chandra Shamsher permit un moindre isolement du Népal en termes d’idées sociales et en 1926, sous la pression extérieure il abolit l’esclavage, libérant 50 000 esclaves rachetés à leurs propriétaires pour un prix de 3,7 millions de roupies.

Aussi longtemps que les Anglais occupaient l’Inde, les Rana se sentaient en sécurité. Toutefois, les nouvelles idées qui se répandaient à travers l’Inde en 1930 et qui devinrent réalité en 1947 avec l’indépendance indienne, influencèrent 3 millions de népalais à la frontière des provinces du Bengale, du Bihâr, de l’Uttar Pradesh puis se propagèrent jusque dans la vallée du Népal.

En 1950 le Nepali National Congress fusionna avec le Nepali Democratic Congress qui avait un programme identique, pour former le Nepali Congress Party (NCP). Avec les encouragements secrets du Monarque, le Roi Tribhuvan, le NCP réalisa son plan pour renverser le Régime Rana et une lutte armée fut organisée sous la direction du président du NCP, Matrika Prasad Koirala (M.P. Koirala).

L’occupation chinoise du Tibet en octobre 1950 influença sans aucun doute le moment choisi par le Roi Tribhuvan du dramatique défi à l’encontre de la position des Rana. En novembre 1950 il refusa de signer les décrets instituant la peine de mort envers les prétendus conspirateurs contre le régime Rana et choisit un asile politique auprès de la mission diplomatique indienne, dans les locaux de l’ambassade de l’Inde à Kathmandu. Le gouvernement indien envoya un avion pour le transporter à Delhi. Le long de la frontière, les insurgés attaquèrent et occupèrent la seconde plus grande ville du Népal, Birganj et constituèrent un gouvernement concurrent.

L’armée népalaise resta loyale au Régime Rana, mais le premier ministre indien, Jawaharlal Nehru et ses collègues, persistèrent fermement à soutenir le Roi et finalement le gouvernement népalais accepta le propositions indiennes le 07 janvier 1951. Ils permirent la réintégration du Roi, une amnistie pour les insurgés s’ils remettaient leurs armes, des élections en 1952 et la formation d’un gouvernement intérimaire de 14 ministres sur la base d’une parité entre les Rana et des représentants populaires. La famille royale et les leaders du NCP firent un retour triomphal à Kathmandu le 15 février 1951. Trois jours plus tard le nouveau conseil des ministres prêta serment, avec une réduction du nombre de ses membres à 10 au lieu de 14. Bisweswor Prasad Koirala (B.P. Koirala), demi-frère de M.P. Koirala, fut nommé au poste capital de ministre des affaires intérieures, tandis que Mohan Shamsher, un temps Premier Ministre s’exile en Inde avec les autres membres de la famille Rana qui refusent de faire allégeance au nouveau régime. La formation du nouveau gouvernement représenta la fin de la domination Rana et le début d’une période d’expérience démocratique.

Cette période Rana fut aussi une époque de relative stabilité, de relative prospérité et de réorganisation de la société. La démographie croît, l’agriculture se développe, notamment vers la chaîne du Mahabharata et le Téraï, car toutes les terres des vallées centrales sont exploitées. Mais l’isolationnisme conduit à un manque de débouchés pour la population croissante et à une émigration, notamment vers l’Inde dominée par les Anglais. Dès 1853, Jung Bahadur Rana agence tout le droit népalais et en fait un code mêlant droit pénal, droit civil, obligations religieuses et règles régissant les relations entre les castes. La protection de l’hindouisme sera une constante, toutefois la liberté de culte sera pleinement autorisée mais le prosélytisme sera interdit. Le nouveau code produit en 1935 confirma deux modifications fondamentales du droit népalais, l’interdiction pour les veuves d’être brûlées sur le bûcher de leur mari et l’abolition de l’esclavage. A l’origine de cette réorganisation du pays, deux Premiers Ministres se distinguent, Jung Bahadur Rana et Chandra Shamsher.

3.3 LE GOUVERNEMENT PARLEMENTAIRE

Cette expérience courrait déjà au devant des difficultés. Les Rana ne s’étaient pas remis de la perte de leur pouvoir absolu vieux de cent ans. Les divergences personnelles et idéologiques furent à l’origine de dissensions pour la direction du Nepali Congress Party. Le Roi Tribhuvan déclara l’état d’urgence dans le pays en janvier 1952 et attribua au Premier ministre des pouvoirs exceptionnels. Les partis extrémistes, de droite et de gauche furent déclarés illégaux (Le Rashtravadi Gorkha Parishad et le Parti Communiste du Népal) et les meetings politiques furent interdits pour une durée indéterminée. Le Roi fit deux tentatives pour établir une assemblée consultative, en juillet 1952 et en mai 1954, mais les rivalités internes. Les communistes, travaillant au front des organisations depuis que leur parti fut déclaré illégal, progressèrent considérablement particulièrement parmi la jeune génération des intellectuels désabusés de Kathmandu.

Le Roi Tribhuvan mourut en mars 1954. Son héritier, Mahendra Bir Bikram Shah Dev, immensément travailleur et pragmatique, apparaissait déterminé. Il ne se donnait pas la peine de feindre croire en une démocratie parlementaire. Malgré tout il déclara en décembre 1957 que des élections seraient organisées en février 1959. Elles eurent lieu une semaine après que le Roi eût donné au Népal sa première constitution, prévoyant un Sénat de 36 membres (Mahasabha), 18 étant élus par une basse chambre (Prathinidhi Sabha) et les 18 autres étant désignés par le Roi. La basse Chambre était composée de 109 membres élus par les représentants uniques des circonscriptions territoriales. Dans un pays où 96% de la population était illettrés, les élections eurent un surprenant succès. La plupart des candidats donnèrent la priorité à l’abolition du système « birta » par lequel les propriétaires, presque tous des Rana, étaient exemptés d’impôts fonciers et percevaient une taxe sur le revenu des exploitants du sol. Ils donnèrent aussi la priorité à la nationalisation du système « zamindari », à l’irrigation, aux coopératives d’exploitations agricoles, aux industries familiales et au soutien gouvernemental des industries de taille moyenne. La plupart des partis ont souscrit à ce programme, bien que le NCP semblât le mieux placé pour l’emporter. Les plus hauts échelons des partis étaient acquis aux idées socialistes pour plusieurs années.

Le NCP gagna 38% des suffrages, obtenant 74 sièges sur 109 à la basse chambre. L’aile droite (nationalisme conservateur), appelé Gorkha Parishad, gagna 19 sièges avec 17,1% des suffrages, pendant que les partisans des communistes obtenaient 4 sièges avec 7,4% des suffrages. La nomination par le Roi de B.P. Koirala comme Premier Ministre et l’ouverture de la première législature élue au suffrage universel, signifiait qu’une longue route vers la démocratie était fermement tracée. Pourtant, la Constitution apportant un gouvernement parlementaire et garantissant des droits civils laissait en place, dans les faits et pas seulement dans la forme, la souveraineté du Roi. Par exemple, il pouvait contraindre le Premier ministre à démissionner. Il pouvait suspendre le gouvernement et régner avec des ministres nouvellement nommés. Il pouvait proroger la législature ou appeler à une séance extraordinaire. Il avait un pouvoir de veto sur toute la législation et sur les amendements constitutionnels. La limitation fondamentale de la procédure démocratique était une source de frustration pour B.P. Koirala dont la majorité électorale l’autorisait néanmoins entreprendre la réforme agraire selon ses projets. Il apporta une grande sécurité aux locataires et redistribua une partie des grands domaines qui appartenaient aux Rana. Les Rana continuèrent leur campagne d’obstruction qui aurait pu vaincre Koirala s’il n’y avait eu une tension croissante entre lui-même et le jeune Roi. L’affrontement des personnalités arriva le 15 décembre 1960 Ce jour, avec l’aide de l’armée, le Roi Mahendra fit arrêter tous les ministres, ainsi que B.P. Koirala et les principaux leaders politiques, notamment ceux du Nepali Congress Party. Il suspendit les droits établis par la Constitution et dissout le Parlement, lui substituant un conseil des ministres choisi par lui-même. Les partis politiques furent interdits par décret royal en janvier 1961. La reprise du pouvoir par le Roi mit en évidence la loyauté de l’armée envers lui.

3.4 LE SYSTEME DU PANCHAYAT

Le Roi Mahendra qui se méfiait profondément des partis politiques et des hommes politiques, travailla avec détermination à créer un système démocratique sans parti, fondé sur le Panchayat (les conseils de villages). Le système du Panchayat (mot dérivé de panc « cinq »), comprenant quatre niveaux de structures administratives, fut proclamé en 1961 et promulgué grâce à une nouvelle constitution l’année suivante. Ce système est fondé sur des conseils restreints de notables, organisation qui fait partie de la Tradition indienne et népalaise et qui à été louée par une bonne partie de l’intelligentsia. A sa tête il y a le Roi qui détient l’essentiel des pouvoirs, il désigne et renvoie le gouvernement, il est le chef de l’armée et il est aussi législateur. La justice, au travers de la Cour Suprême, est théoriquement indépendante.

Toutefois ce système original permet au peuple de donner son avis, en dehors du cadre des partis politiques, au moyen d’un ensemble pyramidal de conseils ou assemblées élus. Tout d’abord la population élit son Panchayat local, dont la fonction est d’administrer le village ou la ville. Ces assemblées de village élisent chacune un représentant pour le panchayat chargé d’administrer l’un des 75 districts du Népal. Ces assemblées désignent ensuite un représentant pour le panchayat chargé d’administrer l’une des 14 zones (régions) du pays. Enfin, ces panchayats de zones élisent une partie des membres (90 membres) du Panchayat National. Quinze autres membres sont élus par un scrutin pyramidal à quatre niveaux pour représenter les cinq classes de la société (paysans, ouvriers, retraités des armées, femmes et enfants). Quatre autres membres sont élus par les diplômés des universités. Enfin le Roi nomme dix membres de ce Panchayat National qui possède surtout une fonction consultative.

La fonction de Premier Ministre fut successivement occupée par Docteur Tulsi Giri (1962-1965), Surya Bahadur Thapa (1965-1969) et Kirti Nidhi Bista (1969-1970). Le Roi fut aussi lui-même Premier ministre d’avril 1970 à avril 1971 période à laquelle Bista fut de nouveau nommé. Bista démissionna en juillet 1973 et sa succession fut assurée par Nagendra Prasad Rijal.

En septembre 1967 le Rashtriya Panchayat (l’assemblée nationale) adopta un programme radical basé sur une campagne de « retour au village » et un programme détaillé pour l’administration du Panchayat. En mai 1968, la décision des leaders du Nepali Congress Party de coopérer avec le Roi au sein du Système du Panchayat, mena en octobre 1968 à la libération de B.P. Koirala et de ses collègues. Ils partirent alors en Inde pour un exil consenti. Le Roi et son conseil firent entrer dans le gouvernement des sympathisants monarchistes bien connus et réitérèrent l’interdiction de toute activité politique en dehors de système du Panchayat.

Le Roi Mahendra mourut en janvier 1972 et son fils, Birendra Bir Bikram Shah Dev lui succéda. Le couronnement eut lieu en février 1975. Le Roi Birendra avait été éduqué au Royaume Unis et aux Etats Unis ; ainsi il y eut des espoirs de courte durée qu’il pourrait s’écarter du style de gouvernement du précédent monarque.

En décembre 1975 le Docteur Tulsi Giri fut de nouveau désigné Premier ministre. Courant 1976 Tulsi Giri proposa des partisans du Nepali Congress Party et des ex-communistes, tous deux interdits, comme membres du Rashtriya Panchayat et il y eut une demande renouvelée pour le changement politique. De nombreux amendements à la Constitution furent adoptés, lesquels autorisaient un droit de vote étendu et des élections plus fréquentes au Rashtriyat Panchayat, mais les pouvoirs du Roi ne furent pas érodés.

En décembre 1976, B.P. Koirala revint au Népal de son exil indien, mais il fut immédiatement arrêté. Toutefois six mois plus tard, sous la pression de l’Inde, il fut relâché et quitta le pays. En septembre 1977 le Premier Ministre Tulsi Giri démissionna de son poste, essentiellement du fait d’une divergence avec le Roi portant sur la détention de Koirala.. Kirti Nidhi Bista fut de nouveau nommé Premier ministre.

Plus tard, en, 1977 Koirala sous le coup de cinq chefs d’accusation pour trahison fut acquitté et en mars 1978 il retourna au Népal pour mener une nouvelle campagne en faveur du changement politique. Il avait le soutien des autres groupes d’opposition qui avaient été interdits, y compris le NPC. Il avait aussi la sympathie de certains éléments du Rashtriya Panchayat, notamment parmi ceux qui avaient été victimes d’un certain lors du renforcement du Raj Sabha (le conseil d’état), le corps consultatif personnel du Roi. Toutefois les émeutes et le malaise étudiant et quelques-uns des membres du Nepali Congress Party perdaient patience du fait de l’insistance de B.P. Koirala à collaborer avec le Roi Birendra Bir Bikram Shah Dev et préconisaient un mouvement national non violent contre les autorités. Mais de ceci il ne pouvait en être question d’autant que le Roi conservait le soutien des forces armées et de la police. En février 1979 deux activistes du Nepali Congress Party furent exécutés pour sédition et trahison. En avril 1979 B.P. Koirala fut mis aux arrêts et nombre d’autres membres du Nepali Congress Party furent signalés pour être ensuite emprisonnés. En avril et mai 1979, des démonstrations de force furent réprimées par les forces de police. En avril 1979 le Premier ministre Bista remit sa démission et à la fin mai le Roi Birendra Bir Bikram Shah Dev annonça un référendum national pour choisir entre le système du Panchayat et le multipartisme. En juin 1979, un nouveau gouvernement fut formé par le précédent Premier ministre libéral Surya Bahadur Thapa. Un comité pour les élections nationales fut organisé pour surveiller le référendum. Une amnistie générale fut accordée aux prisonniers politiques et aux exilés. Ainsi, tous les adultes éligibles pourraient voter au suffrage de 1980. Sur les 4 813 483 votants, 54,8% furent favorables au système du Panchayat, mais avec des réformes, contre 45,2% qui étaient en faveur du multipartisme.

Le 15 décembre 1980 le Roi Birendra Bir Bikram Shah Dev signa un décret qui amendait la constitution, incluant une clause qui prévoyait que la nomination de Premier ministre se ferait désormais sur les recommandations du Rashtriya Panchayat. Avec ces nouvelles dispositions des élections législatives eurent lieu le 09 mai 1981, les premières de la sorte depuis 1959, bien qu’elles soient toujours sur la base d’une absence de parti politique. Malgré l’appel de B.P. Koirala au boycott des élections au prétexte qu’elles étaient inadéquates et non démocratiques, 1096 candidats briguèrent les 112 sièges du Rashtriya Panchayat. 35 des 93 candidats pro-gouvernementaux obtinrent des sièges, tandis que les nouveaux venus qui promettaient d’améliorer l’économie et de réduire le chômage, gagnèrent la majorité. Le 14 juin 1981 Surya Bahadur Thapa fut réélu à l’unanimité Premier ministre par le Rashtriya Panchayat et le Roi installa un conseil des ministres fort de 28 membres.

En mai 1982, des élections au Panchayat se déroulèrent dans plus de 4000 villes et villages. C’était la première fois depuis 1959 que de telles élections se déroulaient au suffrage universel direct. Les résultats renforcèrent la position de Thapa. B.P. Koirala mourut en juillet 1982, laissant un vide politique dans une opposition non officielle. En octobre il y eut un vaste remaniement ministériel pour contrecarrer la critique grandissante d’une mauvaise politique économique. Une mousson tardive provoqua une sécheresse et un sévère manque alimentaire et la situation économique s’aggrava. La critique du gouvernement s’accentua et le ministère Thapa, perdant le soutien du Roi, tomba le 11 juillet 1983 lors d’un vote de confiance. C’était la première fois en 23 années d’histoire du Panchayat qu’un Premier ministre en exercice était renouvelé. Son successeur, Lokendra Bahadur Chand, un précédent président de l’assemblée nationale et réel leader de l’opposition, forma un nouveau conseil des ministres.

En mars 1985, le Nepali Congress Party tint une convention à Kathmandu et en mai débuta une campagne de désobéissance civile, appelant à la restauration d’un système politique fondé sur le multipartisme et le parlementarisme dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle. Cela fut suivi en juin d’une série d’explosions de bombes qui occasionna quelques morts et qui étaient apparemment orchestrée par deux groupes politiques nouvellement créés : le Janawadi Morcha (le front démocratique) conduit par Ram Rajah Prasad Singh et le Samyukta Mukti Bahini (le United Liberation Torch Bearers). Ces attentats à la bombe, coordonnés, divisèrent le parlement et contraignirent l’opposition modérée à abandonner sa campagne de désobéissance civile.

En janvier 1986 le gouvernement annonça que des élections générales auraient lieu en mai. Le Nepali Congress Party, interdit, exposa qu’il prendrait part aux élections si le gouvernement relâchait tous les prisonniers politiques et abolissait la règle qui exigeait que tous les candidats devaient être membres de l’une des six organisations siégeant au Panchayat. Le mois suivant le Roi Birendra Bir Bikram Shah Dev annonça que la loi électorale ne serrait pas changée ; alors le Nepali Congress Party décida de boycotter les élections. Seulement 40 des 112 membres conservèrent leur siège, tandis que les 72 autres sièges furent gagnés par de nouveaux arrivants. Des membres d’une faction Marxiste Léniniste et des membres du Nepali Congress Party, concourrant en candidats libres, gagnèrent 16 sièges. 28 Autres parlementaires furent nommés par le Roi. Les rapports officiels indiquent que plus de 60% ont participé à ce vote, en dépit des menaces de perturber les élections, menaces professées par le Janawadi Morcha basé en Inde. Le Rashtriya Panchayat désigna Marich Man Singh Shrestha comme Premier ministre. Un groupe parlementaire non officiel, s’opposant au gouvernement, fut alors formé.

Le Nepali Congress Party programma pour 1987 une nouvelle campagne de résistance passive contre le système du Panchayat et le parti annonça plus tard qu’il entendait contester les élections locales programmées en mars de cette même année. La faction marxiste-léniniste du CPN déclara qu’elle avait aussi l’intention de contester les élections. Pour compter la faction communiste grandissante au sein du Rashtriya Panchayat, plusieurs figures influentes (comme Jog Meher Shrestha, un précédent ministre, et Lokendra Bahadur Chand) constituèrent un forum du Panchayat démocratique, en soutien au système sans parti politique. Les candidats pro-gouvernementaux gagnèrent 65% des suffrages aux élections locales.

En juin 1987, dans une apparente tentative d’améliorer l’image du système du Panchayat, le gouvernement lança une campagne contre la corruption et en décembre il annonça un plan pour réorganiser les ministères et les départements dans le but d’améliorer l’efficacité et de réduire les mauvaises pratiques administratives : plus de160 officiels furent démis de leurs fonctions. En mars 1988 le Premier ministre annonça un important remaniement ministériel, comprenant la démission de six ministres et la constitution d’un nouveau ministère du logement et de la planification.

Durant l’année 1988 l’opposition continua à être découragée. En janvier 1988 le président NCP fut arrêté et en février plus de 100 personnes qui avaient l’intention d’afficher leur soutien au maire NCP de Kathmandu, furent aussi détenues. En effet le maire avait été démis de ses fonctions pour ses positions anti-panchayat. En octobre il y eut un nouveau et important remaniement ministériel, avec notamment la démission de 11 ministres.

3.5 LA TRANSITION VERS LA DEMOCRATIE

En 1989 une crise menaçait le système du Panchayat. L’instabilité politique était exacerbée par la détérioration de la situation économique. Les relations indo-népalaises étaient sévèrement affectées ; en effet en raison de l’échec des négociations du traité de commerce et de transit, les échanges entre les deux pays étaient grandement réduits. Treize des quinze points de passage frontalier étaient fermés. Comme l’économie était grandement tributaire de l’Inde, cette fermeture eut un sérieux impact, tout particulièrement dans les zones urbaines où il y eut un manque des produits de première nécessité. Derrière ce contexte politique, les tensions montaient et les forces politiques d’opposition manœuvraient pour tirer parti des difficultés économiques du régime et des faiblesses du système du Panchayat. Une importante inspiration provenait aussi des mouvements démocratiques d’Europe de l’Est. Alors, à partir de la fin 1989 une procédure d’adaptation fut entreprise entre les différents partis d’opposition népalais jusqu’alors divisés.

Au début de 1990, six factions réunies du CPN et un groupe travailliste fondèrent le « Front Uni de la Gauche » (United Left Front) avec Sahana Pradhan comme président. Le but de cette alliance était d’œuvrer à la restauration de la démocratie. A la mi-janvier le NCP tint un meeting à Kathmandu à la résidence de son leader suprême, Ganesh Man Singh afin de discuter de la création d’un mouvement démocratique officiel. A la fin de ce même mois le NCP et le United Left Front constituèrent un comité de coordination pour mener le Jana Andolan (un mouvement populaire) et à la mi-février les forces démocratiques lancèrent leur campagne. Des manifestations et des banhs (des grèves générales) se déroulaient sur tout le territoire durant les mois de février et mars. Le gouvernement répondit par la censure des médias et la répression des mouvements par la force. Des leaders des partis d’opposition et des activistes politiques furent arrêtés, mais la répression gouvernementale ne fit pas cesser l’agitation.

Initialement le Jana Andolan tirait l’essentiel de son soutien des classes moyennes laborieuses, mais à la fin mars 1990 l’aspect du mouvement changea, si bien qu’il commença à s’attirer le soutien des masses. En réponse à ce défi croissant au régime, le Roi Birendra Bir Bikram Shah Dev congédia le 06 Avril 1990 le gouvernement de Marich Man Singh Shrestha et nomma comme Premier ministre Lokendra de Bahadur Chand, plus modéré. Toutefois cette concession mineure ne servit qu’à accentuer le fort mécontentement des membres du mouvement et à inciter à un radicalisme plus grand. Le même jour, plus de 100 000 personnes marchèrent vers le palais royal de Kathmandu. La police dispersa les manifestants avec des gaz lacrymogènes, des matraques, puis elle ouvrit le feu, tuant environ 50 personnes. Le couvre feu fut imposé sur la capitale. Durant ce couvre feu, des négociations commencèrent entre le palais et les courants du Jana Andolan. Le 08 Avril, le Roi annonça qu’il était mis fin à 30 années d’interdiction des partis politiques. Au même moment la direction du mouvement suspendit sa campagne. Toutefois, pour de nombreux activistes politiques, l’arrêt du mouvement était considéré comme une trahison, d’autant que depuis que les partis politiques étaient légalisés, les structures officielles du Panchayat restaient en place. Comme résultat, l’agitation continua et une semaine plus tard, le Roi accepta de dissoudre tous les organes du Panchayat, notamment le Rashtriya Panchayat, de congédier le gouvernement Chand et de nommer un gouvernement d’intérim. Le 19 Avril 1990, un gouvernement de coalition fut nommé, comprenant 11 membres et avec le Président du Nepali Congress Party, Krishna Prasad Bhattarai, comme Premier ministre. Le gouvernement comprenait 4 représentants du Nepali Congress Party, 3 représentants du United Left Front (Front Uni de Gauche), 2 ministres indépendants et 2 ministres nommés par le Roi.

Le nouveau Premier ministre annonça que des élections auraient lieu dans l’année à venir, sur la base du multipartisme. La principale tâche du gouvernement intérimaire était de préparer une nouvelle constitution respectant les principes d’une démocratie avec multipartisme et les principes d’une monarchie constitutionnelle. Le Roi Birendra Bir Bikram Shah Dev déclara qu’il s’engageait à transformer sa fonction présente en celle d’un monarque constitutionnel. Il s’en suivit à Kathmandu, de violents heurts entre les anti-monarchistes et la police. Il ordonna alors à la police et aux forces armées de respecter les ordres du gouvernement intérimaire, dans le but de faciliter une transition douce vers la démocratie.

La nouvelle constitution fut l’objet d’un débat politique vaste et fécond. Le Palais Royal souhaitait que le Roi conserve un pouvoir significatif, et la Constitution qui fut finalement promulguée le 09 Novembre 1990, était pleinement démocratique. La fonction royale fut intégrée dans un cadre d’une Monarchie Constitutionnelle et la souveraineté reposait non sur la monarchie, mais sur le peuple. Le Roi Birendra Bir Bikram Shah Dev conserva une autorité significative. Par exemple, il gardait des pouvoirs exceptionnels qui, dans l’éventualité d’une crise nationale non spécifiée, l’autorisaient à suspendre les articles de la Constitution relatifs aux libertés civiles et à assumer le pouvoir exécutif. Toutefois de tels pouvoirs devaient être approuvés par une majorité de la chambre des représentants par période de trois mois.

La Constitution prévoit une Chambre des Représentants (Pratinidhi Sabha) de 205 sièges, élue pour 5 ans au suffrage universel direct. Le Premier ministre est désigné au sein du parti qui obtient la majorité à cette Chambre. Le Roi ne peut agir qu’avec le consentement du Premier ministre et de son conseil. La Constitution prévoit également un Conseil National (Rashtriya Sabha) de 60 membres, élus pour 6 ans par les membres de la Chambre de Représentants sur la base d’une représentation proportionnelle. Les partis politiques étaient légalisés par la Constitution de 1990, tout comme les libertés indissociables d’un état démocratique. Cependant, le Népal restait une nation hindoue. Toutefois, afin de conforter les bases d’un véritable Etat Nation, la Constitution interdit la formation de partis politiques basés sur des critères régionaux, communautaires ou ethniques (voir chapitre « Constitution » ).

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