L’Hindouisme

samedi 7 février 2009
par  Consul Honoraire du Népal en France
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Pour des raisons historiques autant que géographiques, la religion largement majoritaire au Népal est l’Hindouisme, dans ses diverses facettes. Environ 87% de la population est recensée comme étant hindoue. Toutefois, le bouddhisme y est largement pratiqué pour représenter environ 8 à 9% de la population. Certaines ethnies, de par leurs origines tibétaines, proches ou lointaines, pratiquent le bouddhisme tantrique. D’autres ethnies, notamment les Sakya (Caste appartenant au groupe ethnique des Newar), pratiquent un bouddhisme beaucoup plus syncrétique avec l’hindouisme. Dans la vallée de Kathmandu ces deux grandes formes de bouddhismes ont une certaine prédilection pour certains lieux de culte, Bodnath pour les premiers, Swayambhunath pour les seconds. Mais ces lieux ne sont nullement cloisonnés, tous les pèlerins étant admis dans tous les lieux de cultes.

Le syncrétisme religieux est une constante en terre népalaise. Nous soulignerons que si le Bouddha est bien né au Népal au V° siècle avant l’ère chrétienne, l’hindouisme étant une religion très dynamique, il a intégré « l’illuminé » dans son panthéon pour en faire le 9ème avatar de Vishnu.

L’animisme est également présent au Népal, pratiqué par certaines ethnies, mais il est mal dénombré.

Enfin il existe une minorité de musulmans, de l’ordre de 3% de la population.

LES GRANDS PRINCIPES DE L’HINDOUISME

1/ Un bref rappel historique.

Avant la longue période des grandes migrations en provenance de l’ouest, le territoire de l’Inde actuelle était occupé par diverses populations dont les plus importantes en nombre étaient les suivantes :

 Les Mundas, dont on ne connaît pas l’origine ; peut-être ont-ils des connexions à l’Est.

 Les Dravidiens, individus longilignes, à peau foncée, au visage fin et à la chevelure noire, lisse et ondulante.
Certains voient aux Dravidiens une origine méditerranéenne. Des survivances rituelliques ont argumenté cette thèse ; il s’agit d’une grande fête du printemps qui fut célébrée de l’Egypte jusqu’à l’Inde. En Inde, cette fête qui porte le nom de Holi, est centrée sur des thèmes du Dieu mourant et renaissant, rappel symbolique de la mort et du réveil de la nature. Cette grande fête comporte de troublantes similitudes avec les cultes d’Osiris, frère et amant d’Isis. Osiris fut noyé par son frère dans le Nil au moment où celui-ci décroît, pour renaître ensuite. Les Dravidiens, mi-agriculteurs, mi-cueilleurs, avaient ainsi un système de croyances organisé autour de la nature. Ce système de croyance sera ultérieurement métissé par le Védisme des Aryens

Les Aryens venaient d’une région située au nord de la mer Caspienne où ils sont identifiés dès le IV° millénaire avant notre ère. Une très lente migration les emmène vers l’Iran puis vers l’Afghanistan au début du II° millénaire avant J. C. C’est probablement dans ce pays qu’est rédigé le plus ancien des Védas, le Rig Véda. Les Aryens, commencèrent à pénétrer l’Inde occidentale et la vallée du Gange, à partir du milieu du II° millénaire avant notre ère chrétienne.

Si les Aryens sont parvenus lentement à imposer leur culture, celle-ci intégra des éléments culturels des peuples autochtones, notamment des Dravidiens. Ainsi, le Védisme absorba des croyances dravidiennes pour aboutir à certains syncrétismes. Le dieu Krishna, aujourd’hui très vénéré comme le huitième avatar de Vishnu, en est l’un des plus beaux exemples. Krishna, autrement dit « Le Noir » (comme l’étaient les Dravidiens, par opposition aux Aryens dont la peau était blanche), était dans la littérature védique (la plus ancienne) un « Asura » (un anti-dieu, mais une divinité tout de même) représentant les peuples dravidiens.
Ainsi, l’hindouisme moderne résulte de ce mélange de croyances, Védisme et religion autochtone. Ce mélange ancestral constitue peut-être l’une des raisons de la grande diversité des croyances au sein même de l’hindouisme, et aussi de la tolérance de cette même diversité.

2/ Les grands principes

L’hindouisme est un mot qui fut crée au XIX° siècle pour désigner « L’ensemble des croyances et des pratiques des habitants de l’Inde ». Toutefois, cette terminologie fort imprécise se montre révélatrice de la difficulté qu’ont éprouvée les occidentaux du XIX° siècle pour appréhender une multitude de croyances qui parfois peuvent apparaître incompatibles entre elles, mais qui pourtant constituent un ensemble cohérent. Les Hindous nomment leur religion « Sanatanadharma », autrement dit « La Loi éternelle », entité inconnaissable dans son intégralité, régissant l’Univers.

L’hindouisme est une religion sans fondateur, sans Eglise au sens où nous l’entendons en Occident. Ceci explique l’extraordinaire multitude des sectes et des variations de croyances, sans pourtant que cela engendre de guerres religieuses internes à l’hindouisme. Malgré cette absence d’uniformité, l’hindouisme n’engendre pas de divisions dans la société hindoue, mais mieux il en assure une solide cohésion en la structurant avec une précision d’horloger. En effet, l’hindouisme est beaucoup plus qu’une croyance religieuse, il est une façon de se représenter le monde, il est une façon d’être et de vivre au quotidien qui s’impose à toute personne hindoue dès la naissance. Ceci fait dire à beaucoup que l’hindouisme n’est pas une orthodoxie, mais bel et bien une orthopraxie, c’est à dire une façon orthodoxe d’être et d’agir. Par cette orthopraxie, l’hindou quel que soit son rang, intègre au tréfonds de lui même le pourquoi et le comment de son existence, le rôle qu’il remplit non seulement dans la société, mais aussi au sein de l’univers lui même. L’hindou a profondément conscience que chacun de ses actes, chacune des ses pensées, participent activement à l’harmonie universelle, au Dharma (La Loi). Dans cette religion sans autorité supérieure, La Tradition revêt un rôle majeur pour la pérennisation des croyances et des pratiques. Elle est l’âme bien vivante des sociétés hindoues.

3/ Les livres sacrés de l’hindouisme

Les écrits sacrés de l’hindouisme sont à l’image de la société indienne : extraordinairement abondants. Tous ces textes, édités de nos jours, formeraient une bonne centaine de gros volumes. L’ensemble de ces textes constitue « Le Veda », terme sanskrit que l’on peut traduire par « Le savoir ». La Tradition indienne les classe en plusieurs catégories selon leur genre littéraire et leur finalité :

 Les Hymnes, regroupés en recueils (Samhitâ). Ils sont destinés à être récités ou chantés dans le cadre du sacrifice solennel.
Ces recueils d’hymnes constituent la partie la plus sainte, la plus vénérée du Véda.

 Les textes en proses où le rituel est présenté, commenté, justifié. Ce sont tous les Sutras : Les Shautra Sutras, les Grihya sutras, les Brahmanas, les Aranyakas.

 Les Upanishads sont classées à la fin du Veda. Elles ne consistent plus en une description des multiples rituels ni en leurs commentaires ; Elles abordent sur une mode très élaboré le domaine très vaste de la métaphysique et de la spéculation. Elles se sont multipliées, certaines sont très récentes (XIX° siècle), mais elles sont toutes anonymes et rédigées en sanskrit, « La langue parfaite ». Le caractère très récent de certaines écritures sacrées montre que cette religion est encore de nos jours d’une grande vitalité, mais aussi d’une grande maturité.

Dans une société qui porte assez peu d’intérêt au temps, il n’est pas étonnant que la datation des écritures sacrées soit restée imprécise. Les plus anciens textes du Rig Véda (le plus ancien des Védas) remonteraient à l’an 2000 avant J.C. Les autres textes, notamment Le Samavéda (chants), le Yajurvéda (Liturgie), l’Atharvavéda (Magie), auraient été écrits entre 1500 et 1200 avant notre ère. Les Upanishads dateraient, pour les plus anciennes du VIII° siècle avant notre ère, et pour l’une bien plus récente, du XIX° siècle.

Au registre des textes sacrés hindous, il convient de citer deux grands poèmes épiques :

 Le Mahabharata qui a toujours une énorme influence sur la pensée, les coutumes, la littérature de l’Inde. Ce texte a lentement été élaboré, depuis les temps Védiques jusque vers le VI° siècle de notre ère. Au travers du récit de la lutte que se livrent deux clans indo-européens (celui des Kaurava et celui des Pandava), cet immense poème raconte la transformation de la société hindoue ; la vigoureuse opposition entre le Védisme et le Brahmanisme d’une part et l’hindouisme naissant d’autre part, avec l’apparition et le développement des sectes (Sectes de la Bhakti prônant l’adoration absolue d’une divinité de l’hindouisme, Shiva ou Vishnu). La fameuse Bhagavad Gita est intégrée au Mahabharata et en constitue la partie la plus sacrée. Cette dernière est rangée sur les mêmes rayons que les Védas et les Upanishad, celui de la Révélation(Shruti), alors que le reste du Mahabharata est intégré à la Tradition (Smriti).

 Le Ramayana est un célèbre poème épique de l’Inde, vieux de deux mille ans, peut-être écrit par un seul auteur, Vâlmîki, qui influence encore les populations du sous continent indien et du sud-est asiatique. Il raconte la marche mythique de Rama, septième avatar de Vishnu incarnant le Dharma (la Loi cosmique), qui a apporté le bonheur et la paix au deuxième âge du monde. Rama, par sa lutte courageuse pour l’équité, la moralité, la légitimité rappelle à tous, ce que doivent être le devoir et la morale envers la famille. On peut y voir une signification mythique plus profonde ; au travers des difficultés que seuls le courage et la dévotion peuvent aplanir, c’est la recherche de l’union finale et suprême pour tout hindou, entre l’âme individuelle, l’Atman, qui prend ici le visage de Sita, son épouse, et l’âme universelle, le Brahman qu’incarne Rama. Nous allons voir un peu plus loin ce que sont l’Atman et le Brahman.

4/ Le Sacrifice

Dans l’Inde antique, le sacrifice constituait le pilier de la croyance et du rituel. Le Rig Véda décrit précisément les règles à observer pour le sacrifice et en apporte les significations. Nous commettrions une erreur de penser que le sacrifice avait pour unique but de se concilier les forces de la nature et d’en tirer des profits. Déjà dans le Védisme, le sacrifice revêt un profond caractère ésotérique. De nos jours le sacrifice garde une importance de premier rang. Mais il a acquis une autre dimension, une dimension quotidienne et populaire, sans bien sûr que le sang soit versé. Des citations de grands sages hindous seront plus éloquentes :

Shri Araubindo :

« Le sacrifice est la condition même de la vie. C’est avec le sacrifice pour éternel compagnon que le Père des créatures créa les peuples »

« Le sacrifice est la Loi du monde et rien ne peut être obtenu sans lui, ni la domination ici bas, ni la possession des cieux dans l’au-delà, ni la suprême possession de tout ce qui est »

Gandhi :

« Le monde ne peut subsister un seul instant sans le sacrifice »

« En faisant les oeuvres autrement que comme sacrifice, ce monde des hommes est tenu enchaîné par les oeuvres »

Mâ Ananda Moyi :

« En vérité, la pleine jouissance de la vie ne s’obtient que si l’on part d’un esprit de sacrifice sans réserve »

Dans l’hindouisme contemporain, le sacrifice reste un thème central, à savoir une offrande qu’il convient de faire sans cesse au Divin. Toutefois, il n’est plus nécessaire aujourd’hui de concrétiser le sacrifice intérieur par une offrande matérielle, même si certaines sectes pratiquent encore de nos jours de réels sacrifices d’animaux à grande échelle (voir plus loin le Tantrisme).

Le sacrifice est pour l’Hindou une concrétisation de sa prière. Prier c’est nécessairement se dépouiller chaque fois un peu. C’est sur un mode profondément religieux, renoncer nécessairement aux fruits de l’action. Le sacrifice c’est aussi offrir tout son être au Divin. Pour l’hindou, chaque acte quotidien en direction de l’autre, par exemple le travail, est vécu intérieurement avec une dimension de sacrifice

5/ La représentation du temps

Autant les sociétés d’influence judéo-chrétienne ont une représentation linéaire du temps, autant l’hindouisme ne le conçoit qu’en terme de cycles. L’univers, comme l’ensemble des créatures vivantes, n’échappent pas aux cycles infinis de l’existence.

 Les cycles du macrocosme :

L’univers dans sa globalité, évolue de façon cyclique entre création, destruction, recréation etc... Chaque période entre création et destruction est appelée un kalpa, dont la durée est un jour de Brahma, ou année divine, (plusieurs milliards d’années). De multiples textes et d’aussi nombreuses exégèses traitent de ces théories. Mais le plus important n’est pas là, il est dans l’idée que se fait l’hindou du macrocosme quel que soit son état, créé ou détruit. L’univers passe ainsi, indéfiniment, du multiple à l’unité et inversement, ou plutôt du différencié au non différencié, du manifesté au non manifesté. Ainsi, le macrocosme ne cesse jamais d’exister, quelle que soit la forme qu’il revêt, fut-il non manifesté. L’invisible, le non perceptible, porte en lui toutes les créatures, toutes les formes de notre monde de la multiplicité.

 Les cycles du microcosme :

Les hommes et plus généralement les créatures vivantes, sont soumis aux mêmes règles que l’univers. Ils sont les jouets du temps cyclique et vont de vies en morts et de morts en vies. Nous verrons un peu plus loin ce qui détermine ces cycles et ce qui peut les faire cesser. Nous verrons aussi sous quelles divinités anthropomorphes, le temps cyclique peut être représenté.

6/ Microcosme et macrocosme L’Atman et le Brahman

L’un des grands principes de l’hindouisme consiste à affirmer que le microcosme (l’être humain) est identique, en quantité comme en qualité, au macrocosme (l’Univers). Pour l’hindou, l’être individuel qu’il a conscience d’être, a le même degré de réalité que le monde qu’il a conscience de percevoir.

« Ce qui est dans le monde est dans le corps et ce qui est dans le corps est également dans le monde »

Shri Ramakrichna :

A ce niveau il nous faut aborder une notion fondamentale de cette religion qui découle directement de l’identité Homme/Univers : C’est le couple Brahman - Atman

 L’Atman :

Cette notion complexe a trop souvent été traduite en occident par « âme », bien que l’Atman ne revêt guère la même signification.

Le substrat de la pensée est la conscience, car une pensée ne peut exister que dans un esprit conscient. La conscience apparaît donc inséparable de la notion d’existence individuelle, d’être personnel et durable. Mais la conscience possède des dimensions universelles, c’est ce que l’hindouisme appelle le Soi, autrement dit l’Atman. L’Atman, c’est la forme que revêt l’absolu (le Brahman) présent en chaque être.

Pour tenter de l’expliquer, mieux vaut citer une Upanishad : « Cet Atman n’est ni ceci, ni cela ; impalpable, on ne peut le saisir ; éternel, il ne peut être détruit ; sans attachement, il n’a point de contacts ; libre, il ne connaît pas l’inquiétude ; rien ne peut lui porter atteinte ».

L’Atman est une entité qui relie tous les êtres individuels ; il constitue un continuum indivisible dans lequel les êtres apparaissent comme des entités conscientes individuelles. L’Atman est l’absolu de l’homme ; il n’existe pas pour lui, d’autre réalité transcendante.

 Le Brahman :

Le Brahman est l’immensité, c’est le principe ultime, au delà des formes, au delà de la pensée, au delà de l’expérience, au delà de toutes les catégories du manifesté, au delà du temps, au delà de l’espace, au delà du nombre, au delà des noms, au delà de l’intelligence et de la parole.

Une Upanishad décrit le Brahman comme « l’unité indivisible de l’existence, de la conscience et de l’éternité »

Pour les hindous, toute chose n’existe que par son contraire ; l’existence relative, changeante, limitée dans le temps et l’espace, ne peut se concevoir que parce que la soutient une autre chose, absolu, immuable, illimitée dans le temps et l’espace, sans qualité, le Brahman, grammaticalement neutre. A côté de cet absolu, de ce Brahman, nous verrons un peu plus loin ce que sont les divinités du Panthéon hindou ; mais pour bien distinguer le Brahman, « Cela », de tout autre divinité, il faut préciser qu’en sanskrit Brahman est du genre neutre. Lorsque ce mot prend le genre masculin, Brahman devient Brahma et désigne l’une des trois principales divinités hindoues et probablement la moins vénérée.
Le Brahman est au macrocosme ce que l’Atman est au microcosme. Du principe de stricte analogie entre le microcosme et le macrocosme, entre l’homme et l’univers, découle la stricte analogie entre l’Atman et le Brahman. L’Atman c’est le Brahman. L’Atman c’est le Brahman en l’homme. C’est pourquoi de nombreux textes sacrés, de nombreuses Upanishads parlent indifféremment de l’Atman et du Brahman, utilisant le mot Brahman, bien que se référant à l’individu.

 La réalisation du Soi, de l’Atman :

L’Atman, le Soi, est celui des substrats universels dont l’homme peut le plus aisément prendre conscience, puisqu’il est le substrat de la conscience même de l’homme. Ce que l’hindouisme appelle « Réalisation de l’Atman », c’est l’identification de l’Atman (l’âme individuelle), avec le Brahman (l’âme universelle). Cette réalisation de l’Atman, cette fusion de l’Atman et du Brahman, apporte la délivrance brahmanique, le Nirvana (voir plus loin).

Des dieux, Brahma apparut le premier. C’est lui, le créateur de tout ce qui existe ! Le gardien de l’univers !

A son fils aîné, Atharva, il exposa la science du brahman, science sur laquelle reposent toutes les autres :

« Ce brahman, invisible, insaisissable, sans famille ni caste, sans yeux ni oreilles ;

« ce brahman sans mains ni pieds, cet Eternel qui se diffuse et pénètre toutes choses ;

« ce très subtil, cet inaltérable : c’est en Lui que les sages d’autrefois ont découvert la matrice de tout ce qui existe !

« De même que l’araignée produit puis résorbe son fil ;

« de même que les plantes naissent de la terre ;

« de même que cheveux et poils naissent de l’homme durant qu’il est vivant ;

« de même l’Univers naît de cet impérissable brahman !

« C’est du Purusha que naissent le souffle, la pensée et toutes les facultés de connaissance et d’action ;

« c’est de Lui que naissent l’espace, le vent, la lumière, les eaux et la terre qui porte tous les êtres.

« Sa tête est le Feu ; ses yeux le Soleil et la Lune ; ses oreilles les Orients ; sa voix les Saintes Ecritures ; son souffle le Vent.

« Son coeur est tout l’Univers ; la Terre est née de ses pieds : car il est l’âme intérieure de tous les êtres.

« Oui le Purusha est tout cet univers ; il est acte rituel, ascèse, brahman, vie éternelle !

« Qui connaît ce mystère, déposé dans le for intérieur, tranche le noeud de l’ignorance, ici et maintenant ! »

Mundaka Upanishad :

7/ Le Karma, le Samsara, le Nirvana

Nous avons vu précédemment que l’hindouisme se représente le temps sur un mode exclusivement cyclique. Cycles de l’univers, ce qui explique entre autre que l’on trouve dans les textes sacrés de nombreuses cosmogonies. Cycles des créatures, fussent-elles humaines, sous la forme de réincarnations ou plutôt de transmigrations des âmes. Aussi l’hindouisme a du rechercher ce qui était à l’origine de ces cycles des créatures. Causaliste, la religion hindoue y a répondu par le Karma.

Le Karma, c’est l’ensemble de nos pensées et de nos actes, avec leurs causes et leurs effets.

Les hindous ne croient pas au hasard et raisonnent en terme de causalité. Ainsi, chacune de nos pensées, chacune de nos actions résultent d’une cause qui a précédé, mais elles mêmes, pensées ou actions, produisent un effet mesurable, maintenant ou beaucoup plus tard. C’est le Karma. L’hindouisme va même beaucoup plus loin, et pense qu’il existe au delà du Karma individuel, un Karma collectif, à l’échelle d’une petite communauté, d’une société, ou de l’humanité.

Ainsi donc, l’existence, notre vie, la forme qu’elle revêt, résulte du Karma de nos innombrables existences précédentes. La vie que nous menons, faite de joies, de peines, de bonheurs, de malheurs, globalement heureuse ou globalement malheureuse, est donc directement conditionnée par le Karma accumulé dans des vies antérieures.

C’est aussi le Karma, la somme des pensées et des actions que nous accomplissons qui conditionne la renaissance et le cycle éternel ou presque, des naissances et des morts, des vies successives. En effet, l’hindouisme affirme la transmigration des âmes, tant que nous n’avons pas épuisé le Karma, fut-il positif. Alors, nous évoluons de naissances en morts, de vies en vies, entrecoupées de périodes toujours très temporaires d’enfer ou de paradis. L’individu dont les vies antérieures ont été peuplées de mauvaises actions, épuisera son mauvais Karma par une renaissance dans une condition misérable et douloureuse. A l’inverse, celui dont les vies antérieures ont été dominées par de bonnes actions, épuisera son Karma positif par une renaissance faite d’un certain nombre de jouissances. Une vie n’étant jamais totalement bonne, ni totalement mauvaise, il n’est pas concevable pour un hindou que l’on puisse intégrer pour l’éternité, un enfer ou un paradis.

Le cycle sempiternel des vies successives constitue le Samsara. Seule la réalisation du « Soi », de l’Atman, la fusion de l’Atman et du Brahman, peut libérer l’âme individuelle du Samsara et lui faire ainsi atteindre le Nirvana (voir plus loin).

Certes, me direz vous, nous n’avons jamais vu un individu se réincarner. La transmigration de l’âme qu’affirme l’hindouisme est souvent bien mal comprise. Cette notion de transmigration ne peut s’appréhender qu’au prix d’une profonde remise en question du concept d’identité. « Je » suis, « Je » pense donc « Je » suis disait le poète. Une part très importante de ma vie je suis affairé à me persuader que « Je » existe bien. Ou mieux, si je décide de progresser sur la voie de la connaissance, une autre part importante de ma vie sera occupée à démonter les processus mentaux qui font exister « Je » dans mon seul esprit. Ce n’est qu’après avoir affaibli suffisamment le « Je » que l’on pourra percevoir l’Atman, son caractère absolu et éternel, bien au delà du corps matériel. Si l’Atman, substrat de la conscience individuelle, se réincarne bien, ce n’est pas l’individu matériel, corporel, qui putréfié par la mort se réincarne éternellement.

« Au niveau où il n’y a plus que le Soi, l’Atman, la question de la naissance et de la mort ne se pose plus »
Ma Ananda Moyi

L’être que nous avons conscience d’être (corps, vie, pensée, émotions etc...) est animé par une entité éternelle qui préexistait depuis toujours à notre naissance et subsistera à jamais après notre mort, c’est l’Atman. Cette entité, avant d’animer notre corps, a animé successivement d’innombrables autres créatures, corps humains, animaux, végétaux et en animera de nombreux autres, avec peut-être des temps de repos dans d’autres mondes, dans d’autres plans de conscience.

« Je crois dans les vies successives tout autant que je crois en l’existence de mon corps actuel. L’homme s’est élevé à un état supérieur après d’innombrables naissances dans le monde animal »

Gandhi

« L’âme incarnée rejette les vieux corps et en revêt de nouveau, comme un homme échange un vêtement usagé contre un neuf »

Bhagavad Gita

Il n’est pas rare que des Yogins se souviennent de leurs vies antérieures. Le Bouddha, considéré par les hindous comme un grand Yogin, parlait de cinq cents de ses vies (noter au passage les facultés dont fait preuve l’hindouisme pour intégrer les hétérodoxies).

8/ La Libération, l’acte sans désir.

Il apparaît légitime de s’interroger sur les buts ultimes de cette religion. La pratique de l’hindouisme, quelle que soit la secte à laquelle l’hindou appartient, doit mener à la libération, c’est à dire à la sortie définitive du cycle des innombrables vies. L’hindou aspire donc à s’extraire du Samsara. Nous avons vu plus haut que cette extraction du monde phénoménal peut avoir lieu lorsque l’Atman se fusionne avec le Brahman, lorsque l’Atman devient Brahman. Si vous voyagez dans des sociétés hindoues, cherchez à rencontrer certains de ces hommes profondément vénérés, qui sont des libérés vivants, des Jivan Muktas. Il se dégage de ces êtres une impression d’extraordinaire étrangeté que je ne saurais décrire. De nombreux ouvrages et de nombreuses exégèses ont été consacrés à cet état libéré vivant, pour le décrire de mille façons.

Si nous connaissons maintenant la finalité ultime de l’hindouisme, il nous faut aborder la façon de parvenir à la libération. Cette religion articule sur un mode très subtil et complexe la Libération et la notion de désir qui a fait l’objet d’analyses très élaborées. Le premier de tous les désirs, c’est bien sûr Kama, le désir amoureux. Le désir est ce qui anime l’homme, ce qui est à l’origine de tous ses comportements de toutes ses actions. Mais le désir en ce bas monde est éternellement inassouvi. L’assouvissement d’un désir n’arrête pas le processus, bien au contraire, il en fait naître un autre, puis encore un autre... Ainsi, le désir appliqué à la sphère du différencié, à la sphère du multiple, enchaîne l’homme au monde matériel et au monde des passions. Ainsi, l’hindouisme dans toutes ses formes, dans toutes ses sectes, considère que c’est Kama, le désir, qui constitue l’obstacle premier à la libération. C’est donc lui qu’il convient de combattre pour atteindre la libération.

Pour cela diverses approches existent, selon que l’on est adepte d’une secte ou d’une autre.

 Les Samnyasin, les renonçants, considèrent que c’est l’action qui, ayant pour but la satisfaction du désir, l’entretient et le génère. Ainsi donc, pour eux l’ascèse consiste à se retrancher du monde pour ne pas agir et s’éloigner ainsi du désir hormis le seul qui vaille la peine, le désir de libération.

 Les adeptes de la Bhakti, forme dominante de l’hindouisme qui prône une relation de dévotion totale de la créature à Dieu, raisonnent différemment, en affirmant que la libération peut être obtenu en restant dans le monde. Dans le couple Action/Désir, c’est le désir qui est nuisible, c’est donc uniquement lui qu’il convient de supprimer. C’est le Karma Yoga qu’il faut ainsi pratiquer : intégrer dans son for intérieur la notion de sacrifice à l’autre, donc à Dieu, continuer à agir sans désir, sans rechercher les fruits de l’action.

 Pour le Tantrisme, le désir qui imprègne profondément chaque individu, devient la marque du Divin ; et plutôt que de chercher à évacuer le Kama, celui-ci est glorifié, porté au pinacle, au travers d’une conception originale de la divinité. Le Kama premier étant le désir amoureux, le Dieu du macrocosme ne peut se concevoir qu’uni à sa Shakti par un lien amoureux perpétuel. La représentation tantrique du Divin devient un couple, comparable au couple humain réuni dans l’étreinte. Alors le tantrika (pratiquant du tantrisme) recherche la connaissance suprême en reproduisant le couple originel, en entretenant une pratique hautement ritualisée du désir pour mieux l’exorciser. Alors la félicité absolue se réalise au moyen des objets du désir. Dans les pratiques tantriques, les rites revêtent une importance extrême ; ils se caractérisent surtout par leur raffinement dans la précision ; en cela aussi le Tantrisme s’oppose au Brahmanisme (donc aux Samnyasin), puisque l’un des buts que s’imposent les renonçants, consiste en l’abandon du rituel. Le culte tantrique comporte fréquemment des sacrifices d’animaux que les fidèles offrent à la divinité. La tête et le sang des animaux sacrifiés cottoient l’alcool sur un plateau tapissé de pétales colorés. Dans ces temples, rendant hommage à la divinité, se trouvent de véritables tantrikas, des fidèles initiés au sein d’une secte tantrique ; mais à côté de ceux-ci, se trouvent des hindous d’inspiration brahmanique faisant aussi d’authentiques dévotions tantriques. Le fameux Kamasutra est un sutra tantrique, mais il n’appelle pas à la débauche, il appelle à exorciser le désir.

La libération mène alors au Nirvana, un monde de béatitude où l’Atman et le Brahman sont réunis dans l’unité de leur identité, un monde où tous les désirs sont éteints.

9/ Le Dharma

De multiples traductions ont été proposées pour le terme sanskrit « Dharma ».

Le Dharma est la « Loi » qui régit le monde, la loi absolue à laquelle rien ne peut se soustraire. Par son caractère absolu et universel, le Dharma est aussi la « Vérité Absolue ».

Pour l’hindou, le Dharma ne se limite à sa propre religion, il lui donne volontiers une dimension globale. Ainsi le Dharma c’est la religion universelle dans son acceptation la plus élevée, sans église, sans chapelle, qui englobe toutes les religions humaines, hindouisme, mais aussi christianisme, judaïsme, Islamisme etc...

Lorsque de cette signification générale on en vient à l’application individuelle, on arrive tout naturellement à voir dans le dharma ce qui fait que chaque chose est à sa place pour y remplir son rôle dans l’ordre cosmique. Ainsi le Dharma peut aussi posséder le sens plus restreint de Loi particulière, de droit coutumier, de Tradition.
Enfin le Dharma possède aussi une connotation très spécialisée : c’est le Dharma individuel, le Dharma de chaque chose et de chaque être, le Sva Dharma qui s’avère extraordinairement prégnant dans la vie quotidienne des sociétés hindoues. Selon cette conception, chaque être, chaque être humain, possède un Sva Dharma, une règle d’action et de vie qui lui est rigoureusement propre et qui est déterminée par son sexe, son âge, ses aspirations spirituelles (samnyasin), l’époque à laquelle il vit, sa caste. Il en résulte dans les sociétés hindoues, une immense variété de règles, entre lesquelles l’individu doit discerner celles qui s’appliquent à lui et les suivre scrupuleusement (nous verrons un peu plu loin le système des castes).

10/ Les quatre Varna, les classes et les castes.

Le système des castes est profondément attaché à l’hindouisme. Au Népal, la Constitution reconnaît et les castes et l’égalité de tous devant la Loi.

Il faut dire d’emblée, que les castes d’une société hindoue, pour être comprises, ne peuvent jamais être assimilées aux classes sociales des sociétés occidentales. Un brahman est rarement riche, un intouchable peut l’être beaucoup (c’est plutôt le cas des Kshatrya et des Shudras).

Le système des castes résulte des concepts hindous du Dharma, la Loi, et du Karma, la somme des pensées et actes accumulés au cours des vies antérieures. C’est ce dernier qui détermine la caste dans laquelle un individu va renaître.

Le fondement théorique des castes a été couché sur la papier il y a 2000 ans, dans deux textes, le Dharmasutra et le Dharmashastra (Les Lois de Manu), ce qui veut dire que ce système était en application depuis bien plus longtemps encore.

La hiérarchie des castes s’exprime en terme de pureté ou plutôt en terme de degré d’impureté, car aucun homme n’en est exempt. L’impureté dérive des fonctions vitales, l’ingestion de nourriture, la sexualité, les fonctions sphinctériennes, la naissance et la mort, la violence et l’effusion de sang. Cette impureté impose des règles que chaque membre de la caste doit observer au risque d’être dégradé. L’impureté se transmet par la nourriture, par l’eau, par le simple contact, par les relations sexuelles.
Nous allons citer les quatre Varnas, mais à l’intérieur de ces grandes castes, il existe d’innombrables sous castes.

 En haut : les Brahman qui sont chargés de conserver le savoir et la pureté. Ce sont eux qui procèdent aux multiples rituels, ils sont aussi enseignants ou cuisiniers. Dans l’antique Inde védique, c’était ceux qui disaient le rituel du sacrifice.

 Les Kshatrya : ce sont les guerriers et les détenteurs du pouvoir profane, du pouvoir temporel. Actuellement, on les rencontre dans l’armée, aux postes importants des administrations, aux postes décisionnels. Au Népal, le Roi est un Kshatrya. Dans l’Inde védique, c’était ceux qui exécutaient le sacrifice sous les ordres et la surveillance des Brahman.

 Les Vaishya : Ce sont ceux qui sont impliqués dans le commerce, les finances, l’agriculture, l’élevage, pour assurer la prospérité économique du pays.

Ces trois premières castes constituent les hautes castes, les Dvija, les deux fois nés. En effet, les garçons entre 7 et 12 ans seront officiellement initiés à la vie spirituelle, au cours d’une cérémonie (le Dykshya), durant laquelle sera remis le cordon sacré.

 Les Shudra : Ils exécutent tous les travaux manuels qui ne comportent pas de souillures majeures

 En dessous se trouvent les gens sans caste (les a varna) ; d’abord les mleccha, les non hindous, vous et moi, qui ne sont pas autorisés à entrer dans les temples hindous ; puis les intouchables qui effectuent les tâches les plus impures, en contact avec le sang (bouchers), les excréments et les déjections (les éboueurs, les lingères), les déchets d’animaux (les cordonniers), etc...

Gandhi qui a oeuvré contre les abus du système, qui s’est engagé en faveur des intouchables qu’il appelait les Harijan (les enfants de Dieu), disait : « Le système des castes est à mon avis inhérent à la nature humaine et l’Hindouisme en a simplement fait une science ».

11/ L’Hindouisme : monothéisme ou polythéisme ? La représentation quotidienne du Divin.

L’Hindouisme est connu pour ses divinités innombrables (il y en aurait plusieurs milliers), mais constitue-t-il pour autant un polythéisme. Evidemment non. Ce qu’affirme l’hindouisme c’est que l’absolu du Brahman, du Purusha, ne peut pas être atteint dans son intégralité du fait de notre état d’humanité. Il revêt un nombre infini de facettes et parmi cette infinité de facettes, seul un petit nombre peut être appréhendé par l’homme. L’hindouisme attribue une divinité à chacune de ces facettes humainement appréhendables, afin que les hommes puissent s’en imprégner avec plus d’aisance. Le Dieu personnel, unique, Ishvara, est volontiers représenté avec trois visages. C’est la fameuse Trimurti, la grande trinité du panthéon hindou. Brahma, Vishnu, Shiva. Ces divinités majeures ne sont pas seules, certaines tout aussi importantes, tout aussi vénérées, peuvent remonter aux temps védiques, d’autres enfin peuvent être qualifiées de divinités mineures. Il faudrait une planche entière pour seulement évoquer le panthéon hindou, c’est la raison pour laquelle je finirai mon travail sur cette seule trinité.

Chacune de ces divinités n’apparaît pas sous un seul aspect, ce serait trop simple, mais sous de multiples dont la signification symbolique est chaque fois différente.

Ces divinités sont régulièrement descendues sur terre, lorsque l’humanité en perdition avait besoin de messages symboliques forts. Ces apparitions sont appelées des avatars, qui porte chacun un nom différent. Ainsi Rama est le septième avatar de Vishnu, Bouddha le neuvième (remarquez l’absorption du bouddhisme, considéré comme une secte, par l’hindouisme).

A côté de ces avatars, les divinités qui véhiculent un symbolisme aussi étendu que raffiné, peuvent apparaître sous des formes paisibles et compatissantes, ou sous des formes courroucées (les Bhairav), pour combattre les passions et les attachements aux biens matériels. Chacun de ces aspects porte bien sûr un nom.

Ensuite les divinités apparaissent toujours sous un aspect duel, masculin et féminin, bien qu’il s’agisse d’une seule et même déité. La divinité mâle ne peut agir que grâce à une énergie féminine, une parèdre, une sorte d’épouse, un principe actif, que l’on appelle la shakti. Chaque divinité, chacun de ses avatars, chacun de ses aspects ou presque, possède sa shakti, qui elle même est une divinité portant un nom propre pour un message symbolique tout aussi propre (mais c’est toujours la même déité initiale). Les plus célèbres shakti sont Kali, Durga, Lakshmi, Sarasvati, Tara, Mamaki etc...

Enfin à chaque dieu est associé un Vahana, un animal servant de véhicule, qui lui même, est une divinité avec sa propre charge symbolique. Le taureau Nandin pour Shiva, l’oiseau Garuda pour Vishnu, le cygne ou l’oie Hamsa pour Brahma. De plus les divinités possèdent toutes des attributs symboliques multiples qui leur sont spécifiques.

Ainsi toutes les divinités, leurs avatars, leurs aspects paisibles ou courroucés, leurs shaktis et leurs vahanas véhiculent un symbolisme différent mais exacerbé. Les dévots, en fonction de leurs affinités naturelles, de leurs humeurs d’un moment, peuvent choisir de prier, pour un temps ou pour toujours, la divinité qui leur parle le plus sur le plan symbolique. Ces divinités constituent pour les hindous, une présence de tous les instants, de tous les jours qui défilent. Autant d’hommes autant de dieux ! disent les hindous.

Chaque chose de l’univers est soumise à la loi de la création, de la pérennisation, puis de la disparition, avant de recommencer cette ronde infernale. Les trois grandes divinités représentent ces trois moments de toutes choses, de tout être.

 Brahma : c’est l’incommensurable, le créateur du monde de la multiplicité, du monde différencié. Paradoxalement, son culte est rare, les temples qui lui sont dédiés sont exceptionnels. Il faut dire qu’il est le créateur du monde différencié, ce monde qui nous impose le cycle des vies et des morts successives, du samsara. Si nous sommes enfermés dans ces cycles, c’est bien à cause de Brahma.

 Vishnu : C’est le conservateur et le protecteur du monde, c’est la divinité de la continuité, de la bienveillance envers la création. On lui prête mille noms et possèdent des millions de dévots réunis en sectes vishnuistes innombrables.

 Shiva : C’est probablement la divinité au symbolisme le plus complexe et le plus ambigu. Il fait l’objet d’une très grande vénération sous de multiples aspects. Inconnu des Védas, il est probablement d’origine dravidienne et son culte s’est développé plus tard pour devenir une divinité centrale de l’hindouisme. On lui donne 1008 noms correspondant à des aspects différents. C’est le dieu de la destruction et de la création. Il montre l’indissociabilité de la création et de la destruction. Créer c’est d’abord détruire, et détruire c’est recréer. C’est ainsi qu’on l’assimile volontiers au temps, Kala. Il rythme les destructions et les recréations du monde, au rythme de son tambour à boules fouettantes, le Damaru, en dansant le Tandava. Il est très souvent représenté sous la forme d’un simple phallus, le Linga.