La formation de l’Himalaya : une histoire de plaques

jeudi 15 janvier 2009
par  Consul Honoraire du Népal en France
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Troisième « pôle » de la planète, l’Himalaya est le résultat le plus spectaculaire de l’énorme carambolage qui s’est produit il y a plus de 40 millions d’années entre deux super continents, l’Inde et l’Asie.

Troisième « pôle » de la planète, l’Himalaya est le résultat le plus spectaculaire de l’énorme carambolage qui s’est produit il y a plus de 40 millions d’années entre deux super continents, l’Inde et l’Asie.

Dressant en quelques dizaines de kilomètres ses quatorze sommets de plus de 8000 mètres au-dessus de la plaine Indo-Gangétique à peine située à 100 mètres d’altitude, flanqué d’une chaîne bordière - Le Mahabharat Lekh - en pleine évolution, 1’Himalaya est un relief bien vivant, ébranlé par intermittence par des séismes meurtriers, s’élevant à un rythme rapide, en moyenne un mètre tous les mille ans, et ce, en dépit d’une érosion intense qui le grignote jour après jour.

 

Pourtant, la formation de la chaîne himalayenne est une longue histoire qui commence paradoxalement sous la mer, il y a plus de 250 millions d’années (Ma) !

A cette époque, l’unique continent de la planète Terre, la Pangée, se scinde en deux masses continentales, la Laurasie au nord et le Gondwana au sud, que sépare une mer, la Téthys. L’Inde fait alors partie intégrante du continent austral - qui comprend également ce qui deviendra ensuite l’Afrique, l’Australie et l’Antarctique -, dont elle occupe la marge nord-est.

A l’emplacement du futur Himalaya s’étendent les eaux peu profondes de la Téthys, au fond desquelles viennent se déposer des sables et limons, charriés par des fleuves puissants débouchant dans la mer en de vastes deltas. Ce sont d’ailleurs ces mêmes sédiments téthysiens qui, après avoir été déformés et métamorphisés (considérablement comprimés et échauffés) au moment de la formation de la montagne, se retrouvent maintenant à plus de 8000 mètres d’altitude, coiffant quelques-uns des plus hauts sommets himalayens (Annapurna, Dhaulagiri, Everest...).

Mais, à partir de - 200 Ma, le continent de Gondwana se morcelle à son tour. L’Inde s’en détache entre -120 Ma et 80 Ma -, à la suite de l’ouverture de l’Océan Indien. Devenue une plaque lithosphérique autonome, avec sa croûte continentale « légère » (le continent indien stricto sensu) et sa croûte océanique plus dense (le plancher des océans qui la bordent), l’Inde dérive alors vers le nord nord-est, en direction de la Laurasie située à plus de 5000 kilomètres, dont elle se rapproche à une vitesse de l’ordre de 15-20 centimètres / an. Le rétrécissement de la Téthys qui en découle n’est rendu possible que grâce à la subduction (disparition) progressive de la croûte océanique indienne sous le continent asiatique.

Cet engloutissement entraîne le long des marges sud de l’Asie (correspondant actuellement au Sud Tibet, ou Trans-Himalaya) un approfondissement de l’océan et un volcanisme intense, très semblables à ceux que l’on observe de nos jours en bordure de la Cordillère des Andes, également siège d’une subduction. 50 millions d’années : les mammifères chinois découvrent l’Inde Aux alentours de - 50 Ma, les deux rives opposées de la Téthys, l’indienne et la tibétaine, se rejoignent enfin. Se produit alors une collision formidable entre les deux blocs continentaux, à l’ouest d’abord (au Ladakh) puis vers l’est, qui s’accompagne d’intenses déformations : les sédiments issus des anciens rivages ainsi que les restes du plancher océanique sont raclés comme des copeaux, expulsés vers le sud pour venir s’empiler en nappes gigantesques à l’origine des premiers reliefs himalayens.

De l’océan disparu ne reste au sol qu’une étroite cicatrice, la zone de « suture », qu’aujourd’hui suivent paresseusement les hauts cours de l’Indus et du Yalu Zang Bo. Cette première, mais durable union entre les deux continents, élargit considérablement l’horizon des faunes eurasiatiques, notamment celui des grands mammifères qui peuvent, enfin, venir s’ébattre et coloniser la terre indienne !

La collision de l’Inde et de l’Asie n’interrompt cependant pas le mouvement de l’Inde vers le nord, mais elle le ralentit considérablement (5 centimètres / an), parce que la croûte continentale indienne, trop légère, s’enfonce difficilement sous le continent asiatique. De part et d’autre de la suture, les effets de cette collision entretenue sont différents. Au nord, la masse asiatique est emboutie, comprimée et morcelée en grands blocs qui glissent les uns par rapports aux autres en provoquant des séismes violents le long de plans de coulissement qui courent du Pamir à l’Altaï, du Tibet à Pékin. Au sud, le continent indien se déforme peu à peu, en se ployant lourdement, jusqu’à ce que les pressions accumulées deviennent trop fortes, et provoquent la rupture. Une première fois, entre 30 et 15 Ma, la croûte continentale indienne se fragmente en libérant une gigantesque écaille (en fait, une multitude de lames qui glissent les unes sur les autres, comme les cartes d’un jeu) qui vient chevaucher, sur près de 100 kilomètres, les régions plus au sud qui continuent à migrer vers le nord.

L’épaississement de la croûte qui en résulte est a l’origine de la haute chaîne himalayenne enracinée à près de 60 kilomètres sous terre. Sous l’effet du poids et des frottements provoqués par la mise en place de cette nappe, les roches en profondeur se réchauffent, se ramollissent, se métamorphosent en gneiss, localement même se fondent en un magma de granit blanc qui remonte, envahit les fissures pour finalement consolider le tout en une puissante dalle, celle-là même qui forme maintenant le soubassement des plus majestueux sommets himalayens (Nanda Devi, Manaslu, Makâlû, et bien sûr l’Everest). Mais aussitôt créés, les reliefs himalayens sont soumis à une érosion intense, dont les produits - que l’on appelle molasses - viennent s’accumuler en contrebas dans d’immenses piémonts caillouteux et marécageux, où paissent tranquillement antilopes. girafes et grands éléphants.

C’est là, à la charnière de l’édifice himalayen construit de roches indurées et des basses plaines alluviales colmatées de sédiments molassiques faiblement consolidés, que la croûte indienne cède à nouveau depuis les 10 derniers millions d’années - sous l’énorme pression qui la pousse vers le nord.

Des chevauchements, qui affectent à la fois les vieux matériaux téthysiens et les molasses de plus en plus récentes de l’avant-pays, forcent I’Himalaya à empiéter progressivement sur son propre Piémont ! Celui-ci se fracture, se plisse, se débite en écailles et copeaux qui, redressés vers le nord comme un gigantesque escalier basculé, surgissent un à un de la plaine pour former de nouveaux chaînons au sud du Grand Himalaya. Le Mahabharat Lekh apparaît d’abord, puis les rangées de collines des Siwalik, plus méridionales.

D’autres chevauchements, cachés sous les grands cônes alluviaux de l’avant-pays, préparent en profondeur les futurs crêts montagneux. C’est dans cet environnement mobile, couvert d’une jungle à forêt claire et hautes herbes, que les premiers Hominidés ont trouvé des conditions favorables à leur développement. L’accroissement des reliefs himalayens vers le sud n’est pas sans effet sur les rivières descendues de la Haute Chaîne.

Les grands fleuves, malgré d’importantes déviations, réussissent à maintenir leur cours jusque dans la plaine Indo-Gangétique en s’encaissant au travers des jeunes reliefs en voie de surrection. Mais les rivières moins puissantes sont souvent démantelées, voire totalement bloquées en arrière des nouveaux fronts montagneux : c’est ainsi que de vastes dépressions apparaissent, comme la vallée de Kathmandu ou le bassin du Cachemire lors des trois derniers millions d’années, occupées en leur centre par d’immenses lacs.

 

NEPAL : Le tremblement de terre de 1934

 

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Documents joints

SCHEMA DU CHOC DES PLAQUES INDIENNE ET (...)

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PLAQUES LITHOSPHERIQUES DE LA PLANETE Bhaktapur 1934(1) Patan 1934 (1) Le Nyatapola 1934

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